Etapes - Poésies du Docteur Paul Goy

VIEILLES ARMOIRES

I

J'aime ce bois massif, sombrement patiné,
Qu'émerveille l'acier des entrées de serrure.
La corniche est légère, et les pieds affinés
Ont le galbe discret de leurs brèves moulures.

Sur les montants, brillent d'étroites cannelures ;
Et le fronton, qu'épouse un décor suranné,
Chante, de l'olivier, la biblique ramure.
… Le chiffre de l'aïeule, au centre est dessiné.

Les portes, sans lourdeur, sans luxe et sans mystère,
Voient un bouquet naïf de vigne et d'églantier
Entre elles s'évaser ; et plus d'un siècle entier,
L'armoire a conservé les simples salutaires,
Le linge. et l'or aussi, quand les sucs de la terre,
Faisaient le froment lourd et fécond l'amandier.

II

D'un bois sans faille aucune et sans vice caché,
Ses panneaux clairs ont su vieillir avec aisance ;
L'artisan le meilleur prit soin de sa naissance ;
... Un parfum de lavande, au bois, reste attaché.

Attestant un souci de forme et d'élégance,
Quelques marqueteries, aux tons bien détachés ;
— (Oiseaux, parmi les fleurs, naïvement perchés) —
Soulignent, sans lourdeur, ses courbes sans outrance.

El l'épousée à qui, traditionnel cadeau,
On fit don de l'armoire, y lut (joie capitale),
Son chiffre dessiné, ainsi qu'en un rondeau ;

Elle vécut, jamais frivole ni fatale.
L'armoire la voyait, chaque jour levée tôt,
Honorer le Devoir dans la maison natale.

 


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